Le suivi d’une intégration scolaire avec le psychologue scolaire

Alexis a un peu plus de 2 ans lorsqu’il est inscrit à l’école maternelle après les vacances de Printemps. Très rapidement il surprend les enseignantes par son comportement : il ne s’exprime que par cris, grimace et trépigne beaucoup, manque de souplesse corporelle et de coordination. La famille, sur les conseils de l’enseignante, prend rendez-vous auprès du CMPI, inter-secteur de pédo-psychiatrie.

C’est en décembre, dans le cadre du conseil de cycle 1, que cette situation m’est présentée. En effet, afin de renforcer l’intégration du RASED dans l’école et la collaboration avec les enseignants, les intervenants spécialisés du Réseau ont proposé leur participation aux conseils de cycles 1 et 2, l’accent étant mis sur la prévention des difficultés des élèves.

A l’école aucune évolution de comportement n’a été notée depuis la rentrée ; Alexis émet toujours beaucoup de cris, manifeste une excitation immédiate à la moindre  nouveauté. Si la fréquentation scolaire est régulière, elle a été négociée par l’enseignante avec la famille sur la base de 3 demi-journées par semaine. Une prise en charge bi-hebdomadaire en psychomotricité a débuté au CPMI en attente d’une place à l’hôpital de jour.

Devant la perplexité de l’enseignante, et après accord de la famille, je prends contact avec le CMPI afin de proposer une réunion entre les différents professionnels. La pédopsychiatre m’énoncera, au moment de notre premier contact téléphonique, son diagnostic pour ce petit garçon : dysharmonie évolutive à versant psychotique.

Cette rencontre est ainsi organisée dès janvier. La maman d’Alexis, la psychomotricienne du CMPI, l’enseignante et la psychologue scolaire participent à cette synthèse qui permet à chaque partenaire, non seulement d’exprimer ses interrogations, mais aussi de se connaître, de présenter ses attentes, ses objectifs, bien évidemment différents selon sa position, d’échanger sur les comportements de l’enfant. Par cette initiative, la psychologue scolaire tient là un rôle spécifique de coordinatrice de partenariat, de médiatrice entre l’enfant, sa famille, les exigences scolaires de l’enseignante et le CPMI.

L’hospitalisation au centre de jour  devient effective quelques mois plus tard et la scolarisation est momentanément suspendue.

Le CMPI reprendra ensuite contact avec l’enseignante de moyenne section en avril pour préparer l’intégration scolaire. Puis, à l’initiative de la psychologue scolaire, deux synthèses auront lieu, réunissant les parents, la pédopsychiatre et l’éducatrice référente pour le CMPI ainsi que l’équipe éducative (directeur, enseignante, psychologue scolaire). La première rencontre a pour objectif de faire le point sur l’évolution d’Alexis depuis son entrée à l’hôpital de jour, de mettre un cadre à un nouveau départ de la scolarisation. La seconde  rencontre a lieu à la mi-juin, elle permet d’évaluer ces quelques semaines et de préparer l’entrée en grande section. Le maître de GS propose alors de maintenir, dans un premier temps, la fréquentation scolaire à deux après-midi par semaine, pour le début de l’année scolaire suivante. Il craint qu’après la période des vacances d’été, la reprise ne soit problématique pour Alexis; que la rentrée scolaire, avec ses mises en situation de communications relationnelles dans un groupe, ses exigences scolaires ne provoquent chez lui une nouvelle période de crise réactionnelle. Le rôle de la psychologue scolaire est, ici, de permettre à l’enseignant, devant des professionnels extérieurs à l’école et ressentis comme « plus compétents », d’exprimer ses inquiétudes, de l’aider à mettre en mots ses questionnements devant un enfant au comportement déroutant, de soutenir l’enseignant dans sa capacité à accueillir un enfant différent.

Au cours de l’année de Grande Section, sur la suggestion de la psychologue scolaire, deux réunions de synthèse avec le CMPI ponctueront une intégration en évolution. Le maître décrit Alexis comme faisant  maintenant partie intégrante de la classe, même si les exigences scolaires sont un peu en deçà de celles demandées à ses pairs. L’évolution semble plus perceptible à l’école qu’au Jardin d’enfants du CMPI. Au regard de cet investissement scolaire la fréquentation est portée à partir de février à 2 journées et demi par semaine.

Au cours du 3è trimestre la CCPE est saisie par le directeur pour étudier la situation d’Alexis avant son entrée à l’école élémentaire. Dans ce cadre la psychologue scolaire propose une rencontre aux parents pour les informer des différentes orientations possibles, dont une classe d’adaptation. Lors du bilan qu’elle réalise c’est autant l’observation et l’évaluation qualitative du comportement, des capacités à se mobiliser et à se concentrer que l’efficience intellectuelle (mesurée par le  K-ABC) qui seront appréhendées. Alexis  montre en effet une bonne capacité à se mobiliser pendant une certaine durée dans les activités de réflexion, à se concentrer sur la tâche qui lui est demandée. Cependant sont parfois observés des questions, des mouvements trahissant une inquiétude certaine, un temps d’adaptation nécessaire face à des tâches nouvelles. Lors de la seconde réunion de synthèse, après que la psychologue scolaire a présenté ses observations et conclusions, la proposition est faite en commun accord avec l’ensemble des partenaires de solliciter l’orientation en classe d’adaptation. Ce sont  les parents et l’enseignant qui informent F de ce projet. La CCPE donne un accord de principe pour cette orientation.

Cette classe, dite aussi Cours Préparatoire d’adaptation (CLAD), est intégrée dans une école primaire voisine ; elle accueille des élèves dits d’intelligence normale, venant de grande section ou de CP, présentant des troubles du comportement, des troubles de la vie psychique. Elle suppose une scolarité à plein temps et a pour but de ré-intégrer les élèves dans le cycle dit normal. Elle fonctionne dans un contexte spécifique, encadrée par une enseignante spécialisée et une éducatrice spécialisée pour les jeunes enfants détachée par le Centre Hospitalier (CH).

Une convention a été signée entre l’Inspecteur d’Académie et le directeur du CH.

« L’intégration a pour objectif de permettre à l’enfant soigné dans le cadre du secteur de psychiatrie infanto-juvénile de suivre une scolarité en milieu ordinaire, dans la mesure où ses capacités et son état le lui permettent. »

Le dossier d’admission comporte des entretiens avec le pédopsychiatre, les enfants et leurs familles, ainsi que des éléments fournis par le psychologue scolaire de l’école d’origine. En outre la liste des enfants dont les parents ont pris rendez-vous avec le CPMI pour une admission éventuelle  est communiquée  par la pédopsychiatre à la psychologue scolaire du secteur de la CLAD. Pour la plupart des enfants la proposition de classe d’adaptation est formulée par un psychologue scolaire. Aussi un lien entre ces deux professionnels se fait alors par téléphone pour un premier échange, une première approche qui se concrétise ensuite par un écrit.

« Une commission composée du médecin pédopsychiatre, de l’éducateur d’une part, de l’Inspecteur de l’Education Nationale , de l’IEN chargé de l’adaptation scolaire, du directeur de l’école, du psychologue scolaire de secteur, du secrétaire de CCPE, de l’enseignant de la classe, d’autre part, se réunit vers la mi-juin pour examiner les dossiers …». La psychologue scolaire expose alors les informations transmises par ses collègues : comptes-rendus des entretiens avec les parents, avec les enseignants, histoire scolaire de l’enfant, bilans des compétences, observations quant au comportement…

Comme pour chacun des futurs élèves de la CLAD, une rencontre est organisée à l’école avec l’enseignante et l’éducatrice afin de bien préparer le changement d’école, de permettre à l’enfant de se projeter dans son nouveau lieu de vie scolaire.

Pendant l’année scolaire l’intégration des élèves dans les autres classes de l’école se négociera en fonction de l’évolution scolaire, comportementale, psychologique et selon des modalités propres à chacun.

Des synthèses d’évolution sont régulièrement organisées au long de l’année scolaire, réunissant la pédopsychiatre, l’éducatrice, l’enseignante, le directeur de l’école et la psychologue scolaire. Le travail de celle-ci est alors  d’aider à la réflexion, l’analyse de l’évolution de chacun des élèves: lorsqu’ il y a questionnement sur la pertinence de la scolarisation d’un élève dans cette classe, sur une autre orientation à préparer pour la fin de l’année; lorsqu’aucune évolution n’est constatée malgré des capacités pressenties. Dans le cas d’un suivi extérieur par d’autres professionnels que les membres du CMPI, c’est la psychologue scolaire qui assure les contacts.

Identifiée par les familles comme une personne ressource, les parents peuvent aussi faire appel à la psychologue scolaire spontanément :il se peut qu’une évolution scolaire positive ne se manifeste pas à la maison, ou que cela les déstabilise, les amenant à un réaménagement subséquent de leurs positions parentales, à un nouveau positionnement des relations familiales. Des entretiens de soutien leur sont alors nécessaires, aboutissant parfois à ce qu’elle leur conseille un suivi familial extérieur.

Pour Alexis le passage dans cette structure sera positif : les apprentissages de base en lecture et en mathématiques permettront l’entrée au CE1 à la rentrée suivante. L’intégration sociale de F évoluant également positivement, la famille choisit de poursuivre la scolarisation dans cette école pour maintenir le même tissu relationnel.

La psychothérapie, elle, se poursuit à raison de 2 séances par semaine au CMPI.

Cependant le maître de CE1 sollicitera les membres du RASED pour une aide pédagogique dans le domaine des mathématiques : travail sur la numération, l’utilisation du nombre, le raisonnement. Le maintien en CE1 est proposé, les compétences de fin de cycle des apprentissages n’étant pas suffisamment acquises pour permettre une entrée au cycle 3. L’ aide RASED est maintenue ces deux années.

Au CE2 et au CM1, c’est grâce à la participation des membres du RASED aux conseils de cycles que  l’évolution scolaire d’Alexis est suivie.

Dans le courant du 1er trimestre de CM2, l’enseignant interpelle la psychologue pour que soit réfléchie l’orientation à l’issue de l’école primaire. La famille est informée de la démarche lors d’un entretien avec la psychologue scolaire et donne son accord pour que les évaluations nécessaires soient réalisées.

Pendant la passation des bilans psychologiques F se montre posé, prenant le temps d’observer, de réfléchir. Même s’il est nécessaire de le solliciter, d’étayer sa réflexion, il prend de l’assurance tout au long des rencontres avec la psychologue. Il est ouvert, tourné vers l’extérieur, en relation sociale avec ses pairs. A l’issue de ce travail la psychologue scolaire rencontre Alexis, ses parents et son enseignant pour présenter le bilan. Au regard des observations des uns et des autres le consensus se fait autour du projet d’ entrée en SEGPA.

Quelques jours avant la tenue de cette commission, Alexis et un autre élève de la classe sollicitent la psychologue scolaire, en tant que personne ressource, pour un entretien. Ils poseront des questions très précises sur ce qu’est la SEGPA : lieux, trajets des bus, emplois du temps, objectifs et niveau scolaire… Alexis se montre très impliqué dans son parcours scolaire, acteur de son devenir.